Depuis l’assassinat de Shérine Abou Akla, journaliste chrétienne palestinienne, par une balle dont l’origine serait attribuée à l’armée israélienne, les tensions s’intensifient entre Palestiniens et Israéliens. Ces derniers avaient attaqué la foule à la sortie du corps d’Abou Akla de l’hôpital français, Saint-Joseph, à Jérusalem. Les photos et vidéos ont montré que son cercueil menaçait de tomber à terre, en raison de cette attaque. Le manque de réaction de la France et l’inféodation d’une frange des « nationalistes » français à Israël, ont suscité la déception des Palestiniens, en particulier ceux de religion chrétienne, à l’instar de leurs frères de Syrie ou d’Irak. Nous avons reçu ce texte d’un lecteur palestinien, qui exprime cette amertume, texte que nous publions intégralement.
Palestinien, de confession grecque catholique (rite melkite), je suis élevé dans une famille qui voue une très grande admiration à la France, « fille aînée de l’Église », qui, fidèle à ses principes ancestraux, reste protectrice de la chrétienté, notamment des chrétiens d’Orient. Mais, en suivant de près l’actualité française, comme beaucoup de chrétiens orientaux, j’exprime ma très grande amertume, en observant la dérive politique et sociologique de votre pays qui semble avoir délaissé ses valeurs et son identité historique, avoir rompu avec ses traditions, en se laissant absorber par le matérialisme et l’opportunisme politique. En outre, nous avons l’impression que la France actuelle, déchristianisée et avide, nous a trahis.
Notre déception est d’autant plus grande quand nous constatons que certains Français qui se disent « nationalistes » s’associent à cette trahison. La société française emboîte le pas des Américains en faisant émerger un pseudo-nationalisme, emprunté au « néo-conservatisme » des protestants américains, avec une différence : les « néo-nationalistes français » renient leur identité millénaire et délaissent leurs amis, leurs alliés historiques et naturels au profit de purs calculs électoraux.
La France rongée par la démocratie
La France contemporaine est rongée par la démocratie et ses corollaires : la démagogie et le sophisme.
La cause palestinienne et les intérêts des Palestiniens chrétiens, mais aussi la réalité des différentes situations des chrétiens d’Orient, sont mal interprétés et déformés. Elles sont parfois exploitées en fonction des intérêts ponctuels de certains groupes ou de certains politiques qui dénaturent la réalité, soit par ignorance, soit par volonté de satisfaire l’opinion publique, versatile. Hélas, vous-mêmes, les Occidentaux, êtes absorbés par votre train de vie matérialiste qui vous laisse peu de temps pour enrichir votre savoir, comme le faisaient vos ancêtres. Or, il est inconcevable de vouloir défendre sa nation, sans se pencher sur son histoire, celle des nations avec lesquelles elle a des affinités naturelles et historiques (le Proche-Orient, la Russie, l’Afrique, etc…), comme l’expliquait Jacques Bainville dans un article paru dans L’Action française, le 30 juillet 1908, intitulé « L’alliance russe ».
Je tenais donc à vous exprimer ce sentiment que la majorité des chrétiens d’Orient ressentent vis-à-vis de la France contemporaine, en espérant voir mon texte publié sur le site de votre illustre mouvement.
Ensuite, qu’il me soit permis de rappeler certains détails historiques afin de permettre à vos lecteurs, en adoptant la méthode empirique de l’observation des faits, prônée par Auguste Comte, d’en tirer les conséquences et d’adopter des positions politiques appropriées. Cette méthode est en réalité empruntée au philosophe arabe abbaside, Abou Ali Al Hassan Ibn Al Haïtham et suivie par Charles Maurras qui était fortement influencé par A. Comte.
Les divergences des chrétiens d’Orient
Les communautés chrétiennes se sont développées en raison des conflits inter-chrétiens, dès le début du christianisme, qui a vu le jour en Palestine. En effet, la première Église chrétienne, fondée par saint Thomas, fut l’Église de Perse, avant l’émergence d’autres Églises d’Orient, puis d’Occident, où le christianisme s’est progressivement substitué au paganisme. Malheureusement, les chrétiens ont subi des divisions, en raison de leurs divergences théologiques et politiques, de rivalités internes et de conflits sanglants : entre monophysites, nestoriens, jacobites, byzantins, catholiques, etc… Dans ce contexte, notre Église melkite a été fondée, à l’issue du concile de Chalcédoine. Elle est restée fidèle à l’empereur byzantin, Marcien, d’où son appellation « melkite » (qui veut dire royaliste en arabe).
Paradoxalement, durant ces conflits sanglants inter-chrétiens, ce sont les musulmans qui ont protégé certaines communautés, de la cruauté des massacres perpétrés par leurs frères chrétiens : les chalcédoniens maronites persécutés par les jacobites furent protégés par le Calife Mouawiya, sous les Omeyyades. De même, les Nestoriens qui se sont trouvés dans la même situation, ont été protégés par les Califes Abbassides Al-Mansur et ensuite Al-Mahdi. Les Ghassanides persécutés et dont un grand nombre a été massacré à Najran, au Yémen, par le roi juif des Hymiarites, trouvèrent refuge chez les Omeyyades. Les Coptes, brimés par les Byzantins, acclamèrent et aidèrent les Fatimides pour libérer l’Égypte, etc…
Ces communautés chrétiennes désunies et en conflit permanent, se sont répandues dans tout l’Orient, jusqu’en Inde.
Sous l’Empire ottoman qui étendit son pouvoir sur la quasi-totalité de l’Orient, notamment sur la Palestine, ces communautés furent érigées, à l’instar des autres, en millets : groupes identitaires ethniques ou confessionnels.
Au XIXe siècle, ce sont les chrétiens arabophones qui lancèrent un mouvement de réveil nationaliste arabe pour s’émanciper des Ottomans. Ils étaient influencés par l’éveil nationaliste occidental, notamment par les idées nationalistes de France. La France était leur protectrice sous les Ottomans, depuis le traité dit « Les Capitulations » signé entre le roi François Ier et le sultan ottoman Souleiman le Magnifique.
Ce mouvement débuta par une initiative littéraire et culturelle, lancée par les chrétiens libanais, Boutros Al-Boustani et Nassif Yaziji ; il avait pour objectif de préserver, voire de faire ressusciter la littérature et la langue arabe, qui était appelée à constituer un vecteur unissant les arabophones face au phénomène de « turquisation » mené par les Ottomans. Ce mouvement se voulait aussi, une réaction à la tournure islamique que prenait l’empire. D’où le nom de ce courant « Al-Nahda » : Renaissance ou Sursaut. Ce phénomène s’est alors répandu dans d’autres communautés, au sein de l’Empire ottoman, entraînant une répression qui s’est accentuée sous les « Jeunes Turcs », allant jusqu’aux massacres et génocides : d’Arméniens, d’Arabes, d’Araméens, de Grecs pontiques, etc…
L’éveil nationaliste arabe sous influence française
Le nationalisme palestinien a été influencé par le mouvement Al-Nahda. Mais il était surtout inspiré des idées nationalistes, développées en France par Charles Maurras, Maurice Barrès, Jacques Bainville, etc…
Parmi les penseurs nationalistes arabes et palestiniens épris de la France et de sa culture, il convient de citer Francis Marrache, de confession grecque–catholique. Il fut le premier à faire une distinction entre « la patrie » et « la nation », en contrebalançant les différences religieuses et sectaires, existant au sein des populations de l’Empire ottoman.
Un autre penseur nationaliste chrétien de rite grec-orthodoxe, Antoun Saadé, influencé par Maurras, abonda dans ce sens, en créant un courant politique, qui inspira le Professeur d’histoire, Hisham Charabi, mais aussi et surtout le maronite Najib Azoury, qui avait Maurice Barrès comme mentor.
Azoury fit des études en sciences politiques à Paris avant d’entrer à l’École d’administration d’Istanbul et de devenir un haut fonctionnaire, à Jérusalem. Il a été le premier à alerter l’opinion publique palestinienne du danger du phénomène d’immigration de communautés juives venues principalement d’Europe orientale, s’installer en Palestine, dès la moitié du XIXe siècle. Il a également été le premier à prédire des altercations entre ces immigrés et les Palestiniens. Selon lui, ces heurts seraient le résultat d’un conflit entre deux mouvements nationalistes aux fondements opposés. D’une part, le réveil nationaliste arabe, culturel, laïc et linguistique, faisant abstraction des facteurs religieux ou ethniques et, d’autre part, celui des sionistes qui cherchaient à construire une identité nationale fondée sur la « judéité », en mélangeant la religion à l’ethnicité. Azoury soulignait que ces deux visions et ces deux groupes entreraient en conflit sans qu’un groupe ne sache vaincre l’autre : « deux phénomènes importants, de même nature et pourtant opposés, (…) se manifestent en ce moment dans la Turquie d’Asie : ce sont le réveil de la nation arabe et l’effort latent des Juifs pour reconstituer, sur une très grande échelle, l’ancienne monarchie d’Israël. Ces deux mouvements sont destinés à se combattre continuellement jusqu’à ce que l’un d’eux l’emporte sur l’autre. Du résultat de cette lutte dépendra le sort du monde entier. »
Face à ce danger qu’il constata au milieu du XIXe siècle, et à l’inertie des autorités ottomanes pour y remédier, il appela à la sécession des peuples arabes de la Turquie ottomane et à l’établissement d’un « empire panarabe » dans lequel la religion sera définitivement séparée de l’État. Ses positions provoquèrent la colère des autorités ottomanes qui menèrent une persécution contre lui, entraînant sa fuite en France et sa condamnation à mort par contumace. À Paris, il lança un mouvement politique nationaliste, inspiré de la « Ligue d’Action française » et dénommé « Ligue de la patrie arabe ». Ce mouvement avait pour objectif la libération des populations arabes du joug des Ottomans.
Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ?
Au-delà de la lutte contre les Ottomans, prônée par les nationalistes palestiniens, cette prise de conscience du danger que présentait l’immigration de populations de religion juive, en provenance des pays de l’Est de l’Europe et leur installation en Palestine, a vite été partagée par d’autres penseurs nationalistes palestiniens, pour la quasi-totalité de confessions chrétiennes (Khalil Sakakini, Issa el-Issa, Najib Nassar, Georges Antonius, etc)… Malheureusement, peu de penseurs de confession musulmane partageaient ces craintes. Ils minimisaient le danger du sionisme car ils pensaient que leurs communautés seraient toujours protégées par l’Émpire ottoman.
Journaliste et écrivain de confession grecque–orthodoxe, Khalil Sakakini, devint l’une des plus célèbres figures du nationalisme palestinien, à la fois pour sa lutte contre le sionisme dont il mesura le danger, et pour son appel à l’indépendance de la Palestine par rapport à l’Empire ottoman. Il a été suivi par un autre journaliste, de la même confession que lui, Issa Al-Issa. Ce dernier fonda le célèbre journal Falastine. Cette publication était d’abord centrée sur les Grecs orthodoxes de Palestine, avant de devenir le média de référence du nationalisme palestinien et arabe de l’époque. Les cousins d’Issa Al-Issa, les frères Youssef et David Issa, le rejoignirent dans ce combat. Ce dernier créa le premier « Club arabe orthodoxe » à Jaffa, en 1924, qui fut un laboratoire de réflexion et de mise en garde contre le phénomène migratoire que la Palestine subissait.
Les Issa étaient fondamentalement opposés au sionisme et au projet d’implantation d’émigrés de confession juive et d’origine non ottomane, sur leur terre. Ils alertèrent l’opinion publique palestinienne et internationale à ce sujet et critiquèrent les autorités ottomanes locales qui permettaient à ce phénomène de s’intensifier. Leurs positions leur causèrent de sérieux problèmes judiciaires (allant jusqu’à la suspension de leur publication, aussi bien par les Ottomans que par les Britanniques) causés par les interventions sionistes, aussi bien auprès des Turcs que des Anglais.
Par ailleurs, un autre journaliste et penseur palestinien, également de confession grecque orthodoxe, Najib Nassar, alerta, dans les articles et les pamphlets, qu’il publiait dans le journal Al Karmel, ses compatriotes sur le danger de l’implantation de communautés juives, qui s’appropriaient d’une manière anormale, de grandes parcelles de terrains, en Palestine. Il consacra également un livre au sionisme. Cet ouvrage, intitulé Sionisme : son histoire, objectif et importance publié en 1911, est le fruit de recherches approfondies sur la stratégie sioniste, consistant à remplacer les Palestiniens, par les immigrés européens de religion juive.
Nassar décrivit le sionisme comme « un mouvement raciste ayant pour objectif le remplacement des Palestiniens en Terre Sainte ». Il a, de ce fait, été le précurseur de la résolution 3379, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, le 10 novembre 1975. Cette résolution décrétait « que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». Elle a été révoquée le 16 décembre 1991 par la résolution 46/86, sous la pression du lobby sioniste, quelques mois avant la prise de fonction de Boutros Boutros-Ghali comme Secrétaire général des Nations unies.
Dans un article publié dans son journal Al Karmel, en 1914, Nassar soulignait que « le sionisme est un grand danger pour la Palestine et ses habitants, ainsi que pour la nation arabe. Si les Palestiniens en particulier et les Arabes en général, restent les mains croisées et endormis (…) sans prendre de mesures pour lutter contre cette menace, les sionistes continueront à s’étendre de plus en plus, en toute impunité. Ils vont acquérir ferme après ferme, terrain après terrain, en chassant les habitants et les remplaçant par des immigrants ».
En effet, Nassar a expérimenté et découvert les visées sionistes, en travaillant dans une agence immobilière appartenant à ce mouvement : la Jewish Colonization Association. Il avait côtoyé de près des sionistes, gagné leur confiance, les conduisant à lui révéler leurs objectifs réels. Cette expérience a éveillé chez lui le sentiment nationaliste. Il alerta alors l’opinion publique internationale, sur les mensonges sionistes qui faisaient croire que leur mouvement n’avait pas d’objectif politique. À cette époque, les sionistes communiquaient en faisant une fausse publicité selon laquelle les terrains qu’ils étaient en train d’acquérir étaient inoccupés, en lançant le fameux slogan : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».
Le projet sioniste cherchait, depuis ses origines, à renier l’existence des autres, en procédant notamment par le révisionnisme comme arme de propagande et par la violence et la déportation des populations, dans le silence de l’opinion publique internationale, soumise à leurs thèses. À ce sujet, il n’est pas inintéressant de citer l’ancien doyen de l’université hébraïque de Jérusalem, Claude Klein, qui indiqua dans un article cité dans le numéro 71 des Cahiers de la Méditerranée, (paru en 2005, sous le titre « Un siècle d’Histoire : comment comprendre la persistance du conflit arabo-palestinien ? » pp. 111- 128) : « Qu’il s’agisse de pure ignorance, de méconnaissance ou d’oubli, l’Autre n’existe pas, car il ne doit pas exister là-bas. Il n’y a pas de place pour l’Autre, dans le discours sioniste, pas plus qu’il ne saurait y en avoir dans la réalité sioniste »
La Palestine hier, la France aujourd’hui
La stratégie sioniste consistait à remplacer les Palestiniens par des immigrés qui déferlaient progressivement sur notre territoire, avec la complicité des Ottomans puis des Anglais. Cette stratégie rappelle les origines du phénomène d’immigration massive de populations étrangères en France, poussé et encouragé par les médias et les groupes de pression (les lobbies). Ceci a fait germer des tensions dans votre pays, à l’instar de ce qui s’est passé en Palestine, comme le soulignait Najib Nassar, en Palestine, au XIXe siècle : « Attention : ces étrangers vont devenir la majorité (…) et ce (pays) sera affligé ! »
En France, ce constat a été fait par Jean-Marie Le Pen qui a été le premier à dénoncer ce phénomène qui a conduit à l’état dans lequel se trouve la France actuellement.
De la même manière que l’immigration, encouragée par des mouvements politiques et sociaux en France, a provoqué une perte de l’identité nationale de votre pays, ce phénomène d’immigration imposé au nôtre par les sionistes dénatura progressivement la Palestine. L’hébreu fut imposé dans les écoles. Le drapeau sioniste se hissait sur les bâtiments des immigrés européens ashkénazes. Ces derniers cantonnaient leurs chants et leur « hymne » à chaque occasion. Ils établirent des systèmes judiciaires parallèles, en toute illégalité. La jeunesse était manipulée et poussée au fanatisme, de la même manière, certains immigrés dans votre pays sont « radicalisés ».
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