Texte du message d’Anne-Marie Mellé à Valérie Igounet (5 avril 2012)
Pour <valerie.igounet@gmail.com>
Madame,
La première fois que j’ai entendu parler de vous, vous étiez toute jeune, vous
veniez d’écrire votre mémoire de maîtrise. Je me permets de vous écrire ce
message, car j’ai fait mon mémoire de maîtrise avec M. Faurisson, en 1973, sur
les néologismes dans les romans de Céline. Je devais ensuite faire une thèse sur
le style de Céline dans ses pamphlets, sous sa direction. Les événements en ont
décidé autrement. Et puis, enseigner à plein temps et "théser" en même temps,
cela faisait trop pour moi.
Votre ouvrage où vous
présentez Monsieur Faurisson comme un
personnage "haineux" ne correspond absolument pas au professeur que
j’ai connu. C’était un homme brillant, qui avait cette faculté qu’ont peu de
professeurs d’élever à leur niveau les élèves qui croisent leur chemin. C’était un
homme dont le travail précis, vérifié plutôt trois fois qu’une, était un modèle de
rigueur intellectuelle. Chaque mot était pesé, dans les textes étudiés et dans les
analyses qu’il en faisait. Il s’attachait avant tout au sens du texte, et ne cédait
jamais au défaut, fort à la mode à cette époque, de jargonner le structural ou
le psychanalytique. Quand on sortait de son cours, car je l’ai eu aussi comme
assistant en première année, on avait, en le suivant pas à pas, découvert des
merveilles dans les textes au programme. Elles sont encore gravées dans ma
mémoire. Baudelaire, ou Apollinaire, ou Nerval, par Monsieur Faurisson, ce
n’était pas n’importe quoi, par n’importe qui. C’étaient de véritables pépites qui
nous étaient offertes. C’était un homme généreux, qui nous donnait beaucoup.
(suite)