Lucien Cerise me semble offrir une des analyses les plus pertinentes, définitivement. Livrer une réflexion "pragmatique" (pour dire vite) sur les conditions de possibilité de la formation d’un corps social et de son maintien dans le divers des échanges humains doit être, à mon avis, regardé comme une nécessité préalable à tout débat sur les formes politiques et économiques à privilégier.
Je serais très curieux de lire son opinion concernant l’approche de Gramsci sur la lutte culturelle ; elle m’apparaît être proche de l’idée d’ingénierie sociale positive. Par ailleurs, cette même idée soulève une question que les opposants au système doivent certainement se poser, à savoir à quel point la résistance peut se permettre de demeurer à l’écart des mêmes procédés employés par nos adversaires. Dans le contexte actuel, où l’on assiste à une sorte d’atomisation du tissu social par la multiplication incessante de champs sémantiques distincts (ce que Mr Cerise appelle "hyper-hétérogénéisation sémantique"), quels sont les véritables moyens de la lutte ? J’entend, pour qu’elle offre une alternative avertie et durable, véritablement nuisible au système ?
J’ignore tout de ce qu’est vivre le quotidien français ; je suis québécois. Toutefois, si la situation de la communication effective est aussi dégradée en France qu’au Québec, les propositions de Mr Cerise me semblent devoir absolument être prises en considération. À ce titre, je lui lance une autre question au cas où il lirait ce commentaire : votre inquiétude générale quant à la démultiplication des codes pourrait-elle être rapprochée de celle de Habermas au sujet de la communication ? J’en pousse encore une dernière : êtes-vous familier avec les vues de Hartmut Rosa sur l’accélération (et l’aliénation) ? Pour quiconque est intéressé par ces préoccupations, il est à lire absolument.
Au plaisir de vous lire à nouveau...