Algérie : la question centrale de l’identité
3 juin 2022 15:39, par AlgonquinJe n’ai pas commenté depuis un bail, donc bonjour à tous ! Vu de l’extérieur, à la lecture de cet article, le Français de base penserait qu’il existe une fracture ethnico-raciale type Hutus/Tutsis au Maghreb et plus précisément en Algérie entre "Arabes" et "Berbères" ou du moins une opposition linguistique entre les deux groupes. Or ce n’est pas vraiment le cas. L’Algérie indépendante a adopté le modèle d’état nation moderne à l’européenne voir même à la française. Ce qui revient à rejeter le tribalisme (arabe, berbère, arabo-berbère ou que sais-je) au profit de la citoyenneté exclusive, qui est quelque chose de nouveau dans la région, l’allégeance était autrefois plutôt tribale. Modèle qui impose un état, une autorité légitime et forcément... Une seule langue officielle, en l’occurrence l’arabe qui était aussi la langue officielle des différentes dynasties régnantes au Maghreb depuis l’islamisation. On ne devrait pas parler d’arabisation mais de re-arabisation, les Algériens étaient analphabètes pendant la colonisation française , sauf zawiya (école religieuse) car ils refusaient l’assimilation française. C’est important de le préciser car on penserait que la politique d’arabisation post-coloniale tomberait du ciel et serait "farfelue", un peu comme si on apprenait le chinois à de jeunes Allemands. Après, l’argument "racial" : "On est ceci ou cela génétiquement donc on doit parler telle ou telle langue" ne tient pas. Les Français parleraient le gaulois ou même une langue pré-celtique, les Turcs l’anatolien ou le Grec ou encore l’Arménien etc... D’autant plus que le "racial" est infiniment plus complexe que l’identification ethnique. En réalité la berbérité est en danger d’un point de vue linguistique au Maghreb face à l’arabe et au français voir l’ anglais demain, mais elle s’exprime d’un point de vue culturel : toponymie (tizi, mosta, tiaret/tahert etc..., cuisine (couscous), vestimentaire (burnouts) etc.. Il faudrait que chacun se réconcilie avec toutes les facettes de son identité qui est forcément multiple (ça vaut pour l’Algérie, la France comme pour le Cambodge ou le Kazakhstan).
Aussi l’idéologie "panarabiste" des anciens dirigeants algériens, eux mêmes souvent d’origine berbère (Chaouis ou même Kabyles) étaient dûe à la mode de l’époque avec Nasser etc.. Et ne revêtait pas une connotation ethnico-raciale mais plutôt culturelle (arabité plus qu’appartenance ethnico-raciale) inspirée de l’état moderne occidentale.