Lucien Cerise : "Réintroduire de l’incertitude, de la liberté, de l’humour et des nuances"
16 décembre 2023 22:25, par ProtégeonslaPalestine J’ai apprécié le passage où il est fait un distinguo entre ingénierie sociale et manipulation. La manipulation met l’individu en porte-à-faux avec lui-même, dénature son opinion par des ressorts de tromperie, l’amène à se dédire, travestir son opinion et se contredire par des excuses, parce que la doxa altère les paramètres objectifs du réel, modifie les polarités bien /mal, de sorte que l’individu se mette à douter de la validité de son propre jugement : l’esprit est mystifié, manipulé.
L’ingénierie sociale, elle, ne s’embarrasse pas de falsifier le réel, ne travaille plus sur les causes mais les conséquences. Elle s’emploie à créer un consentement au guidage, à modifier, de manière insidieuse et subreptice, le circuit de l’offre et de la demande, si bien que le sujet devienne le demandeur interne et soit la source de l’offre idéologique et comportementale des changements prévus pour lui. L’ingénierie sociale a ceci de pernicieux qu’elle n’induit pas la conscience en erreur, mais fabrique en elle les ressorts de tolérance et le seuil d’acceptation qui la conduiront à embrasser l’erreur, par-delà le bien et le mal : l’esprit est reconfiguré, reprogrammé.
Sur une note optimiste, je ne vois aucun intérêt à mener un combat quichottesque contre les politiques mondiales d’ingénierie sociale, attendu que cette reprogrammation neuro-linguistique s’appuie sur un mesmérisme des foules qui n’affectera jamais l’individu qui, grâce à la conquête du savoir, l’attachement aux valeurs traditionnelles, le respect de sa condition sexuelle, raciale et sociale initiales, et un recours humble à cette transcendance qui nie à l’humain le pouvoir prométhéen d’être la mesure de toute chose, aura su créer un rempart entre lui et cet article de foi du contrôle des consciences. Pour échapper à l’ingénierie sociale (reniement des figures de style imposées en violation du libre-arbitre), l’individu éclairé n’aura d’autre choix que de sacrifier dans la bonne humeur, des éléments de confort (renoncement à certains acquis de la société de marché).
Il existe, dans l’ingénierie sociale, son acharnement à baliser les chemins du prêt-à-penser, sa volonté d’arraser les comportements, et sa contention judiciaire de la critique, une dimension mystique que Lucien Cerise n’aborde que sous l’angle rapide du « volontarisme ». Il décrit le processus à la perfection, nous donne à voir sa substance, sans toutefois nous instruire sur son essence, sur sa raison d’être profonde.